Poésies de sainte-Beuve, 1829· Suite de joseph Delorme
Sonnet
À Théophile Gautier.
Pour venger du passé la jalousie amère,Souvent je me suis dit : Jeune fille n’est rien(Si belle qu’elle brille aux côtés de sa mère),Rien qu’un beau marbre blanc aux mains du praticien,
Qu’il met à point, dit-on, mais que seul mène à bien,Avant que dans Milo, déesse, on la révère,Le Sculpteur au génie amoureux et sévère.L’époux vient et se croit ce grand Corinthien
Il s’éprend du Paros, il arrondit l’ivoire,Et dans son nom inscrit s’applaudit de sa gloire.L’amant, s’il vient plus tard, a tout fait en un jour :
Sans lui ce sein mourait ; il met l’âme au sourire ;Ce front dormait de marbre, un éclair le déchire,Mère, époux, vous serviez Polyclète et l’Amour !
(On n’oserait répondre que M. Quatremère de Quincy, s’il vivait encore, ne trouvât rien à redire ici pour ce technique de l’art antique. Le poëte a supposé que Polyclète travaillait le marbre d’après le procédé moderne.)
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vie, poésies et pensées de joseph Delorme, Paris, MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS, 1863· numérisation wikisource.org· Sources