Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Au Jardin de l’Infante, 1893

Le fouet

Albert Samain· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

Svelte au-dessus du peuple‖ effaré des chevaux ;Le Fouet impérieux‖ cambre sa grâce fine,Et suspend aux poils fins‖ de sa mèche félineSa cruauté fertile‖ en supplices nouveaux.

Connaissant son cœur vil‖ et ses pièges méchants.Ses esclaves ont peur‖ même de sa caresse,Et l'effleurement vague,‖ où flotte une tendresse,Fait courir des frissons‖ dans leurs poils frémissants.

Il est le bourreau frêle‖ et, docte en longs tourments,Du hautain nonchaloir‖ où son mépris s'exile,Gomme un prince barbare‖ à l'ennui difficile,Il médite à loisir‖ ses lents raffinements.

Dilettante savant,‖ voluptueux du mal,Il ne vibre jamais‖ d'ivresse plus stridenteQue lorsqu'il fouille à nu‖ d'une lanière ardenteCe qui palpite au fond‖ d'un ventre d'animal.

Oh !les pauvres chevaux,‖ aux vieux genoux pliants,Qui vont trottant, l'oreille‖ inerte, les dents jaunes,Stupides, et souffrant‖ leurs douleurs monotones,Avec d'humbles regards‖ vaguement suppliants !

Ils vont ; la côte est rude‖ à leurs poumons fourbus.Mais le Fouet droit, là-haut,‖ veille, terreur vivante,Et sans savoir, tout pleins‖ d'une aveugle épouvante.Ils tirent, les naseaux‖ soufflants, les reins tendus.

Ils tirent, épuisés,‖ vacillant, chancelant ;Alors le fouet qui guette,‖ éternelle menace,Soudain se lève, plane,‖ et s'abattant, vorace,Mord d'un baiser aigu‖ leur ventre pantelant.

Il siffle, il cingle, il brûle,‖ il s'exalte, joyeux !A larges tourbillons‖ dans l'air sonore il claque.Et le martyr s'abat‖ dans le brancard qui craque.Sous un féroce éclair‖ qui lui coupe les yeux !

Il râle sur le flanc ;‖ son ventre où le cuir mordSe soulève à grands coups,‖ comme un soufflet de forge ;Et ses yeux, ses doux yeux‖ de bête qu'on égorge,Effarés et vitreux‖ regardent, dans la mort.

Alors, las de frapper,‖ le Fouet effervescent.Plus calme par degrés,‖ s'apaise dans son crime ;Et doucereusement‖ caresse sa victimeDu bout fin de sa mèche‖ où pend un fil de sang.

Le soleil luit et, droit‖ dans les rayons dorés,Effilant sa beauté‖ de joli monstre, il rêveD'un ciel d'apothéose‖ où sa gloire s'enlève,Superbe, sur un tas‖ de chevaux massacrés !

Août 1889.

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a chevaux / nouveaux masculine, classiqueb fine / féline féminine, classiquea méchants / frémissants masculine, classiqueb caresse / tendresse féminine, classiquea tourments / raffinements masculine, classiqueb s'exile / difficile féminine, classiquea mal / d'animal masculine, classiqueb stridente / ardente féminine, classiquea pliants / suppliants masculine, classiqueb jaunes / monotones féminine, classiquea fourbus / tendus masculine, équivalenteb vivante / épouvante féminine, classiquea chancelant / pantelant masculine, classiqueb menace / vorace féminine, classiquea joyeux / yeux masculine, classiqueb claque / craque féminine, classiquea mord / mort masculine, classiqueb forge / égorge féminine, classiquea effervescent / sang masculine, classiqueb crime / victime féminine, non classiquea dorés / massacrés masculine, classiqueb rêve / s'enlève féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre Poétique Complète, Paris, MERCURE DE FRANCE, 1921· numérisation poesies.net· Sources