Au Jardin de l’Infante, 1893
Vieilles cloches
A Louis le Cardonnel.
Les cloches d'autrefois,‖ dites, où sonnent-elles ?L'antan naïf est mort.‖ Les anges, blancs défunts,Reposent, les doigts joints,‖ au tombeau de leurs ailes.La Vierge a clos ses yeux.‖ Dans les jardins fidèlesL'âme des lis penchés‖ est veuve de parfums.
L'enfant nu, grelottant‖ sur la paille des crèches.Ne voit plus de roi mage‖ en extase à ses pieds.La ville impie est sourde‖ à la ferveur des flèches.Les nefs n'entendent plus‖ dans l'orage des prêchesTonner la voix de fer‖ des grands moines altiers.
Nul enfantin pinceau‖ n'enlumine, candide,Son rêve primitif‖ aux marges des missels.Le vent qui passe fait‖ pleurer l'église vide ;Et le prêtre doré‖ dans l'étole rigide,Le dimanche, officie‖ au désert des autels.
L'antique renouveau‖ des fêtes surannéesNe fleurit plus aux vieux‖ pavés du siècle dur.O fêtes d'autrefois‖ dans l'aurore sonnées,O fêtes, qui veniez‖ par le ciel, couronnéesDe beaux noms, où tremblait‖ un mystère d'azur !
Les chapelets bénits,‖ consolateurs des veuves.Ne s'égrèneront plus‖ sous les doigts orphelins.Il n'est plus le calvaire,‖ où toutes les épreuves,Comme à la grande mer‖ où se perdent les fleuves.Noyaient leurs pleurs d'un jour‖ aux vieux sanglots divins.
La foi des nations‖ s'en va, pauvre exilée.Le mauvais serviteur‖ commande à la maison.L'étoile du berger‖ aussi s'en est allée ;Et Notre-Dame en deuil‖ regarde, inconsolée,Descendre le soleil‖ gothique à l'horizon.
Une lueur encor‖ flotte, à s'éteindre prompte,Rouge adieu sanglotant‖ des pourpres de jadis.Nos cœurs ont froid. La nuit‖ d'une angoisse nous dompte.Écoute ! … On chante les‖ derniers De Profundis.Et voici que le spleen,‖ le spleen lunaire monte !
Versification
- Forme
- 7 quintils (quintils)
- Rimes
- 6(abaab) 1(ababa)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 7 quintils
- Mots à la rime
- a sonnent-elles / ailes / fidèles féminine, classiqueb défunts / parfums masculine, classiquea crèches / flèches / prêches féminine, classiqueb pieds / altiers masculine, classiquea candide / vide / rigide féminine, classiqueb missels / autels masculine, classiquea surannées / sonnées / couronnées féminine, classiqueb dur / d'azur masculine, classiquea veuves / épreuves / fleuves féminine, classiqueb orphelins / divins masculine, classiquea exilée / allée / inconsolée féminine, classiqueb maison / l'horizon masculine, classiquea prompte / dompte / monte féminine, classiqueb jadis / Profundis masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
35 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre Poétique Complète, Paris, MERCURE DE FRANCE, 1921· numérisation poesies.net· Sources