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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Au Jardin de l’Infante, 1893

Les sirènes

Albert Samain· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

A Henri Juge.

Les Sirènes chantaient…‖ Là-bas, vers les îlots,Une harpe d'amour‖ soupirait, infinie ;Les flots voluptueux‖ ruisselaient d'harmonie,Et des larmes montaient‖ aux yeux des matelots.

Les Sirènes chantaient…‖ Là-bas, vers les rochers,Une haleine de fleurs‖ alanguissait les voiles ;Et le ciel reflété‖ dans les flots pleins d'étoilesVersait tout son azur‖ en l'âme des nochers.

Les Sirènes chantaient…‖ Plus tendres à présent.Leurs voix d'amour pleuraient‖ des larmes dans la briseEt c'était une extase‖ où le cœur plein se brise,Comme un fruit mûr qui s'ouvre‖ au soir d'un jour pesant !

Vers les lointains, fleuris‖ de jardins vaporeux,Le vaisseau s'en allait,‖ enveloppé de rêves ;Et là-bas — visions —‖ sur l'or pâle des grèvesOndulaient vaguement‖ des torses amoureux.

Diaphanes blancheurs‖ dans la nuit émergeant.Les Sirènes venaient,‖ lentes, tordant leurs queuesSouples, et sous la lune,‖ au long des vagues bleues.Roulaient et déroulaient‖ leurs volutes d'argent.

Les nacres de leurs chairs‖ sous un liquide émailChatoyaient, ruisselant‖ de perles cristallines.Et leurs seins nus, cambrant‖ leurs rondeurs opalines.Tendaient lascivement‖ des pointes de corail.

Leurs bras nus suppliants‖ s'ouvraient, immaculés ;Leurs cheveux blonds flottaient,‖ emmêlés d'algues vertes,Et, le col renversé,‖ les narines ouvertes,Elles offraient le ciel‖ dans leurs yeux étoilés !…

Des lyres se mouraient‖ dans l'air harmonieux ;Suprême, une langueur‖ s'exhalait des calices.Et les marins pâmés‖ sentaient, lentes délices.Des velours de baisers‖ se poser sur leurs yeux…

Jusqu'au bout, aux mortels‖ condamnés par le sort.Chœur fatal et divin,‖ elles faisaient cortège ;Et, doucement captif‖ entre leurs bras de neigeLe vaisseau descendait,‖ radieux, dans la mort !

La nuit tiède embaumait…‖ Là-bas, vers les îlots.Une harpe d'amour‖ soupirait, infinie ;Et la mer, déroulant‖ ses vagues d'harmonie.Étendait son linceul‖ bleu sur les matelots.

Les Sirènes chantaient…‖ Mais le temps est passéDes beaux trépas cueillis‖ en les Syrtes sereines.Où l'on pouvait mourir‖ aux lèvres des Sirènes,Et pour jamais dormir‖ sur son rêve enlacé.

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a îlots / matelots masculine, classiqueb infinie / d'harmonie féminine, classiquea rochers / nochers masculine, classiqueb voiles / d'étoiles féminine, classiquea présent / pesant masculine, classiqueb brise féminine, classiquea vaporeux / amoureux masculine, classiqueb rêves / grèves féminine, classiquea émergeant / d'argent masculine, classiqueb queues / bleues féminine, classiquea émail / corail masculine, classiqueb cristallines / opalines féminine, classiquea immaculés / étoilés masculine, classiqueb vertes / ouvertes féminine, classiquea harmonieux / yeux masculine, classiqueb calices / délices féminine, classiquea sort / mort masculine, classiqueb cortège / neige féminine, classiquea passé / enlacé masculine, classiqueb sereines / Sirènes féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre Poétique Complète, Paris, MERCURE DE FRANCE, 1921· numérisation poesies.net· Sources