Les Solitudes, 1867
Déception
Une eau croupie est un miroirPlus fidèle encor qu'une eau pure,Et l'image la transfigure,Prêtant ses couleurs au fond noir.
Aurore, colombe et nuéeY réfléchissent leur candeur,Et du firmament la grandeurN'y semble pas diminuée.
À fleur de ce cloaque épaisLes couleuvres et les sangsues,Mille bêtes inaperçues,Rôdent sans en troubler la paix.
Le reflet d'en haut les recouvre,Et le jeu trompeur du rayonDonne au regard l'illusionD'un grand vallon d'azur qui s'ouvre.
À travers ces monstres hideuxLe ciel luit sans rides ni voiles,Il les change tous en étoilesEt s'arrondit au-dessous d'eux.
Mais la bouche qui veut se tendreVers l'étoile pour s'y poser,Sent au-devant de son baiserSurgir un monstre pour le prendre.
Tel se reflète l'idéalDans les yeux d'une amante infâme,Et telle, en y plongeant, notre âmeN'y sent de réel que le mal.
Versification
- Forme
- 7 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 7(abba)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a miroir / noir masculine, classiqueb pure / transfigure féminine, classiquea nuée / diminuée féminine, classiqueb candeur / grandeur masculine, classiquea épais / paix masculine, classiqueb sangsues / inaperçues féminine, classiquea recouvre / s'ouvre féminine, classiqueb rayon / l'illusion masculine, classiquea hideux / d'eux masculine, classiqueb voiles / étoiles féminine, classiquea tendre / prendre féminine, classiqueb poser / baiser masculine, classiquea l'idéal / mal masculine, classiqueb infâme / âme féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1872· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources