Les Solitudes, 1867
La grande allée
C'est une grande allée‖ à deux rangs de tilleuls.Les enfants, en plein jour,‖ n'osent y marcher seuls,Tant elle est haute, large et sombre.Il y fait froid l'été‖ presque autant que l'hiver ;On ne sait quel sommeil‖ en appesantit l'air,Ni quel deuil en épaissit l'ombre.
Les tilleuls sont anciens ;‖ leurs feuillages pendantsFont muraille au dehors‖ et font voûte au dedans,Taillés selon leurs vieilles formes ;L'écorce en noirs lambeaux‖ quitte leurs troncs fendus ;Ils ressemblent, les bras‖ l'un vers l'autre tendus,À des candélabres énormes ;
Mais en haut, feuille à feuille,‖ ils composent leur nuit :Par les jours de soleil‖ pas un caillou ne luitDans le sable dur de l'allée,Et par les jours de pluie‖ à peine l'on entendLe dôme vert bruire,‖ et, d'instant en instant,Tomber une goutte isolée.
Tout au fond, dans un temple‖ en treillis dont le bois,Par la mousse pourri,‖ plie et rompt sous le poidsDe la vigne vierge et du lierre,Un amour malin rit,‖ et de son doigt casséDésigne encore au loin‖ les cœurs du temps passéQu'ont meurtris ses flèches de pierre.
À toute heure on sent là‖ les mystères du soir :Autour de la statue‖ impassible on croit voirDeux à deux voltiger des flammes.L'esprit du souvenir‖ pleure en paix dans ces lieux ;C'est là que, malgré l'âge‖ et les derniers adieux,Se donnent rendez-vous les âmes,
Les âmes de tous ceux‖ qui se sont aimés là,De tous ceux qu'en avril‖ le dieu jeune appelaSous les roses de sa tonnelle ;Et sans cesse vers lui‖ montent ces pauvres morts ;Ils viennent, n'ayant plus‖ de lèvres comme alors,S'unir sur sa bouche éternelle.
Versification
- Forme
- 6 sizains (sizains)
- Rimes
- 6(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (24 de 12, 12 de 8)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 6 sizains
- Mots à la rime
- a tilleuls / seuls masculine, classiqueb sombre / l'ombre féminine, classiquec l'hiver / l'air masculine, classiquea pendants / dedans masculine, classiqueb formes / énormes féminine, classiquec fendus / tendus masculine, classiquea nuit / luit masculine, classiqueb l'allée / isolée féminine, classiquec entend / instant masculine, classiquea bois / poids masculine, classiqueb lierre / pierre féminine, classiquec cassé / passé masculine, classiquea soir / voir masculine, classiqueb flammes / âmes féminine, classiquec lieux / adieux masculine, classiquea là / appela masculine, classiqueb tonnelle / éternelle féminine, classiquec morts / alors masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1872· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources