Les Solitudes, 1867
La valse
Dans un flot de gaze et de soie,Couples pâles, silencieux,Ils tournent, et le parquet ploie,Et vers le lustre qui flamboieS'égarent demi-clos leurs yeux.
Je pense aux vieux rochers‖ que j'ai vus en Bretagne,Où la houle s'engouffre‖ et tourne, jour et nuit,Du même tournoîment‖ que toujours accompagneLe même bruit.
La valse molle cache en elleUn languissant aveu d'amour.L'âme y glisse en levant son aile :C'est comme une fuite éternelle,C'est comme un éternel retour.
Je pense aux vieux rochers‖ que j'ai vus en Bretagne,Où la houle s'engouffre‖ et tourne, jour et nuit,Du même tournoîment‖ que toujours accompagneLe même bruit.
Le jeune homme sent sa jeunesse,Et la vierge dit : « si j'aimais ? »Et leurs lèvres se font sans cesseLa douce et fuyante promesseD'un baiser qui ne vient jamais.
Je pense aux vieux rochers‖ que j'ai vus en Bretagne,Où la houle s'engouffre‖ et tourne, jour et nuit,Du même tournoîment‖ que toujours accompagneLe même bruit.
L'orchestre est las, les valses meurent,Les flambeaux pâles ont décru,Les miroirs se troublent et pleurent ;Les ténèbres seules demeurent,Tous les couples ont disparu.
Je pense aux vieux rochers‖ que j'ai vus en Bretagne,Où la houle s'engouffre‖ et tourne, jour et nuit,Du même tournoîment‖ que toujours accompagneLe même bruit.
Versification
- Forme
- Quintils
- Rimes
- 4{1(abaab) 1(abab)}
- Mètre
- Vers de 8, 12 et 4 syllabes (20 de 8, 12 de 12, 4 de 4)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 4 quintils, 4 quatrains
- Mots à la rime
- a soie / ploie / flamboie féminine, classiqueb silencieux / yeux masculine, classiquea Bretagne / accompagne féminine, classiqueb nuit / bruit masculine, classiquea elle / aile / éternelle féminine, classiqueb d'amour / retour masculine, classiquea jeunesse / cesse / promesse féminine, classiqueb j'aimais / jamais masculine, classiquea meurent / pleurent / demeurent féminine, classiqueb décru / disparu masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1872· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources