Les Solitudes, 1867
La terre et l’enfant
Enfant sur la terre on se traîne,Les yeux et l'âme émerveillés,Mais, plus tard, on regarde à peineCette terre qu'on foule aux pieds.
Je sens déjà que je l'oublie,Et, parfois, songeur au front las,Je m'en repens et me rallieAux enfants qui vivent plus bas.
Détachés du sein de la mère,De leurs petits pieds incertainsIls vont reconnaître la terreEt pressent tout de leurs deux mains ;
Ils ont de graves tête-à-têteAvec le chien de la maison ;Ils voient courir la moindre bêteDans les profondeurs du gazon ;
Ils écoutent l'herbe qui pousse,Eux seuls respirent son parfum ;Ils contemplent les brins de mousseEt les grains de sable un par un ;
Par tous les calices baisée,Leur bouche est au niveau des fleurs,Et c'est souvent de la roséeQu'on essuie en séchant leurs pleurs.
J'ai vu la terre aussi me tendreSes bras, ses lèvres, autrefois !Depuis que je la veux comprendre,Plus jamais je ne l'aperçois.
Elle a pour moi plus de mystère,Désormais, que de nouveauté ;J'y sens mon cœur plus solitaire,Quand j'y rencontre la beauté ;
Et, quand je daigne par capriceAvec les enfants me baisser,J'importune cette nourriceQui ne veut plus me caresser.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a traîne / peine féminine, classiqueb émerveillés / pieds masculine, classiquea l'oublie / rallie féminine, classiqueb las / bas masculine, classiquea mère / terre féminine, classiqueb incertains / mains masculine, classiquea tête-à-tête / bête féminine, classiqueb maison / gazon masculine, classiquea pousse / mousse féminine, classiqueb parfum / un masculine, classiquea baisée / rosée féminine, classiqueb fleurs / pleurs masculine, classiquea tendre / comprendre féminine, classiqueb autrefois / l'aperçois masculine, classiquea mystère / solitaire féminine, classiqueb nouveauté / beauté masculine, classiquea caprice / nourrice féminine, classiqueb baisser / caresser masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1872· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources