Les Solitudes, 1867
Ne nous plaignons pas
Va, ne nous plaignons pas‖ de nos heures d'angoisse.Un trop facile amour‖ n'est pas sans repentir ;Le bonheur se flétrit,‖ comme une fleur se froisseDès qu'on veut l'incliner‖ vers soi pour la sentir.
Regarde autour de nous‖ ceux qui pleuraient naguèreLes voilà l'un à l'autre,‖ ils se disent heureux,Mais ils ont à jamais‖ violé le mystèreQui faisait de l'amour‖ un infini pour eux.
Ils se disent heureux ;‖ mais, dans leurs nuits sans fièvres,Leurs yeux n'échangent plus‖ les éclairs d'autrefois ;Déjà sans tressaillir‖ ils se baisent les lèvres,Et nous, nous frémissons‖ rien qu'en mêlant nos doigts.
Ils se disent heureux,‖ et plus jamais n'éprouventCette vive brûlure‖ et cette oppressionDont nos cœurs sont saisis‖ quand nos yeux se retrouvent ;Nous nous sommes toujours‖ une apparition !
Ils se disent heureux,‖ parce qu'ils peuvent vivreDe la même fortune‖ et sous le même toit ;Mais ils ne sentent plus‖ un cher secret les suivre ;Ils se disent heureux,‖ et le monde les voit !
Versification
- Forme
- 5 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 5(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 5 quatrains
- Mots à la rime
- a d'angoisse / froisse féminine, classiqueb repentir / sentir masculine, classiquea naguère / mystère féminine, classiqueb heureux / eux masculine, classiquea fièvres / lèvres féminine, classiqueb d'autrefois / doigts masculine, classiquea n'éprouvent / retrouvent féminine, classiqueb oppression / apparition masculine, classiquea vivre / suivre féminine, classiqueb toit / voit masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
20 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1872· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources