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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Vaines Tendresses, 1875

Le vase et l’oiseau

René-François Sully Prudhomme· 15 quatrains, octosyllabes, 60 vers

Tout seul au plus profond d'un bois,Dans un fouillis de ronce et d'herbe,Se dresse, oublié, mais superbe,Un grand vase du temps des rois.

Beau de matière et pur de ligne,Il a pour anse deux béliersQu'un troupeau d'amours familiersEnlace d'une souple vigne.

A ses bords autrefois tout blancsLa mousse noire append son givre ;Une lèpre aux couleurs de cuivreÉtoile et dévore ses flancs.

Son poids a fait pencher sa baseOù gît un amas de débris,Car il a ses angles meurtris,Mais il tient bon l'orgueilleux vase.

Il songe : « Autour de moi tout dort,Que fait le monde ? Je m'ennuie,Mon cratère est plein d'eau de pluie,D'ombre, de rouille, et de bois mort.

Où donc aujourd'hui se promèneLe flot soyeux des courtisans ?Je n'ai pas vu figure humaineA mon pied depuis bien des ans. »

Pendant qu'il regrette sa gloire,Perdu dans cet exil obscur,Un oiseau par un trou d'azurS'abat sur ses lèvres pour boire.

« Holà ! manant du ciel, dis-moi,Toi devant qui l'horizon s'ouvre,Sais-tu ce qui se passe au Louvre ?Je n'entends plus parler du roi.

— Ah ! tu prends à l'heure où nous sommes,Dit l'autre, un bien tardif souci !Rien n'est donc venu jusqu'iciDes branle-bas qu'ont faits les hommes ?

— Parfois un soubresaut brutal,Des rumeurs extraordinaires,Comme de souterrains tonnerresFont tressaillir mon piédestal.

— C'est l'écho de leurs grands vacarmes :Plus une tour, plus un clocherOù l'oiseau puisse en paix nicher.Partout l'incendie et les armes !

J'ai naguère, à Paris, en vainHeurté du bec les vitres closes,Nulle part, même aux lèvres roses,La moindre miette de vrai pain.

Aux mansardes des TuileriesJe logeais, le printemps passé,Mais les flammes m'en ont chassé.Ce n'était que feux et tueries.

Sur le front du génie ailéQui plane où sombra la Bastille,J'ai voulu poser ma famille,Mais cet asile a chancelé.

Des murs de granit qu'on restaureNous sommes l'un et l'autre exclus,Là le temps des palais n'est plus,Et celui des nids, pas encore. »

Versification

Forme
15 quatrains (quatrains)
Rimes
14(abba) 1(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
15 quatrains
Mots à la rime
a bois / rois masculine, classiqueb d'herbe / superbe féminine, classiquea ligne / vigne féminine, classiqueb béliers / familiers masculine, classiquea blancs / flancs masculine, classiqueb givre / cuivre féminine, classiquea base / vase féminine, classiqueb débris / meurtris masculine, classiquea dort / mort masculine, classiqueb m'ennuie / pluie féminine, classiquea promène / humaine féminine, classiqueb courtisans / ans masculine, classiquea gloire / boire féminine, classiqueb obscur / d'azur masculine, classiquea dis-moi / roi masculine, classiqueb s'ouvre / Louvre féminine, classiquea sommes / hommes féminine, classiqueb souci / jusqu'ici masculine, classiquea brutal / piédestal masculine, classiqueb extraordinaires / tonnerres féminine, classiquea vacarmes / armes féminine, classiqueb clocher / nicher masculine, classiquea vain / pain masculine, classiqueb closes / roses féminine, classiquea Tuileries / tueries féminine, classiqueb passé / chassé masculine, classiquea ailé / chancelé masculine, classiqueb Bastille / famille féminine, classiquea restaure / encore féminine, classiqueb exclus / plus masculine, équivalente
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vaines Tendresses, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1875· numérisation inlibroveritas.net· Sources