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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Vaines Tendresses, 1875

Parfums anciens

René-François Sully Prudhomme· 12 quatrains, octosyllabes, 48 vers

A FRANÇOIS COPPÉE

O senteur suave et modesteQu'épanchait le front maternel,Et dont le souvenir nous resteComme un lointain parfum d'autel,

Pure émanation divineQui mêlais en moi ta douceurA la petite senteur fineDes longues tresses d'une sœur,

Chère odeur, tu t'en es alléeOù sont les parfums de jadis,Où remonte l'âme exhaléeDes violettes et des lis.

O fraîche senteur de la vieQu'au temps des premières amoursUn baiser candide a ravieAu plus délicat des velours,

Loin des lèvres décoloréesTu t'es enfuie aussi là-bas,Jusqu'où planent, évaporées,Les jeunesses des vieux lilas,

Et le cœur, cloué dans l'abîme,Ne peut suivre, à ta trace uni,Le voyage épars et sublimeQue tu poursuis dans l'infini.

Mais ô toi, l'homicide aromeDont en pleurant nous nous grisons,Où notre cœur cherchait un baumeEt n'aspira que des poisons,

Ah ! toi seule, odeur trop aiméeDes cheveux trop noirs et trop lourds,Tu nous laisses, courte fumée,Des vestiges brûlant toujours.

Dans les replis où tu te glissesTu déposes un marc fatal,Comme l'âcre odeur des épicesS'incruste aux coins d'un vieux cristal.

Et tel, dans une eau fraîche et claire,Le flacon, vainement plongé,Garde l'âcreté séculaireDe l'essence qui l'a rongé,

Tel, dans la tendresse embaumanteQue verse au cœur, pour l'assainir,Une fidèle et chaste amante,Sévit encor ton souvenir.

Ô parfum modeste et suave,Épanché du front maternel,Qui laves ce que rien ne lave,Où donc es-tu, parfum d'autel !

Versification

Forme
12 quatrains (quatrains)
Rimes
12(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
12 quatrains
Mots à la rime
a modeste / reste féminine, classiqueb maternel / d'autel masculine, classiquea divine / fine féminine, classiqueb douceur / sœur masculine, classiquea allée / exhalée féminine, classiqueb jadis / lis masculine, classiquea vie / ravie féminine, classiqueb amours / velours masculine, classiquea décolorées / évaporées féminine, classiqueb là-bas / lilas masculine, classiquea l'abîme / sublime féminine, classiqueb uni / l'infini masculine, classiquea arome / baume féminine, classiqueb grisons / poisons masculine, classiquea aimée / fumée féminine, classiqueb lourds / toujours masculine, classiquea glisses / épices féminine, classiqueb fatal / cristal masculine, classiquea claire / séculaire féminine, classiqueb plongé / rongé masculine, classiquea embaumante / amante féminine, classiqueb l'assainir / souvenir masculine, classiquea suave / lave féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vaines Tendresses, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1875· numérisation inlibroveritas.net· Sources