Le jardin des rêves, 1880· Rimes amoureuses
À celle qui est flétrie
Je sais bien que l’amour t’a mordue à la face,Que ton corps fut meurtri par ce rude chasseur,Et que ses durs travaux t’ont marquée, ô ma sœur !D’une damnation qu’aucun pardon n’efface.
Je sais que, dans des lits ignobles, tu vendisAux rustres éblouis ta jeunesse adorée ;Que, de pudeur encore et de joie enivrée,Tu tombas d’un seul bond dans les plus vils taudis.
Je sais que, depuis lors, ton âme est refermée ;Que ton sein sculptural aux contours de caméeCache un cour de vieillard, impuissant et jaloux ;
Que tout ment, ton regard, ta voix et tes carresses ;Qu’un reflet de l’enfer baigne tes noires tresses…Mais tes baisers d’enfant me sont restés si doux !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le jardin des rêves, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1880· numérisation books.google.fr· Sources