Le jardin des rêves, 1880· Rimes amoureuses
Romance
Tu reviendras poser ta main d’albâtreSur mon front pâle encor de ton amour.Tu reviendras, mais à mon dernier jour,Lorsque mon cœur aura cessé de battre.
Tout sera dit, et les parfums derniersMe mouilleront les cheveux et la tempe.Le doux reflet de la funèbre lampeCaressera mes yeux extasiés !
Tu reviendras, toi qui me fus amère,Lorsque j’avais la force et la beauté,O toi par qui tout me fut emporté,Sur mon cercueil gémir comme une mère.
Et sur la tombe où les lierres puissants,Autour des croix, comme des mains pieuses,Vont enlaçant leurs fleurs mystérieuses,Tu pleureras des pleurs retentissants.
Tu pleureras et, sous la terre brune,Mon âme alors, enfant, tressaillera ;De son long deuil elle s’éveilleraEn te voyant si pâle au clair de lune.
Sur les grands lis aux parfums éperdus,Et dans le vol sonore des phalènes,Elle vivra, rayon, senteurs, haleines,Pour te parler de nos bonheurs perdus.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le jardin des rêves, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1880· numérisation books.google.fr· Sources