Le jardin des rêves, 1880· Poèmes et bas-reliefs
Aquarelle japonaise
A Léopold de Panat.
Ses yeux de jade et d’or avec paresse glissentComme la lune courbe au bord des saules gris.Sa peau, que les parfums du santal assouplissent,Passe en douceur l’émail et le papier de riz.
Dans ses cheveux, où tremble un papillon de laque,La nuit a mis son charme et son obscurité ;Le kaolin auprès de ses doigts est opaque,Et son souffle est plus frais que la vapeur du thé.
Les pivoines en fleur, les lis couleur d’auroresOnt un éclat moins vif que ses ongles polis.Sa simarre de soie a des frissons sonores,Et le vent amoureux s’embaume dans ses plis.
Parfois, lasse et fuyant les nattes endormeuses,Sous les pêchers fleuris elle s’assied pour voirA l’horizon baigné de visions brumeuses,Un flamant s’envoler, rose avec le bec noir.
Ou bien elle se mêle aux blanches passagères,Qui, lorsque le couchant dore le ciel blafard,S’en vont joyeusement, dans les jonques légères,Sur le bord du Jo-Yeh cueillir le nénufar.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le jardin des rêves, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1880· numérisation books.google.fr· Sources