Le jardin des rêves, 1880· Poèmes et bas-reliefs
Innupta Virgo
J’ai choisi pour l’aimer d’une amour enfantineUn barbare portrait de sainte byzantine,Qui, sur un vieux panneau peint aux quatre couleurs,Sourit du fond d’un ciel enguirlandé de fleurs,Et croise dans un geste auguste de prièreSes mains d’une maigreur irréprochable et fière,Ses belles mains qui n’ont touché que l’encensoirEt les nappes d’autel où l’agneau vient s’asseoir.Ses yeux gris ont le trouble infini de l’extase.Limpide, sur le fond d’or de l’iconostase,Sa chair rayonne, et l’on devine à l’approcherQue nul terrestre amour ne l’oserait toucher,Tant elle a l’air déjà d’être la sœur des anges !Au milieu des rayons et des vols de mésanges,Étincellent parmi les beaux nimbes dorés,Son corsage à la Vierge et ses cheveux cendrés.
Telle elle fut avec amour représentéePar un peintre athonite, et la sainte vantéeJusqu’à nous est venue empreinte du parfumDu monastère grec et de cet art défuntDont on rit volontiers en ce temps sacrilège.
Mais son âme candide et sa blancheur de neigeOnt fui depuis longtemps ce monde de douleursPour les bosquets sacrés où les justes en pleurs,Dans l’éblouissement clair de la délivrance,Sentent fleurir en eux leur antique espérance.Le Roi Christ du plus haut du ciel est descendu,Et, cueillant ce trésor pour le monde perdu,Afin de consoler sa splendeur exilée,A couvert d’un baiser sa lèvre inviolée.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le jardin des rêves, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1880· numérisation books.google.fr· Sources