Le jardin des rêves, 1880· Rimes amoureuses
Bonsoir Lili !
CHANSON
Vos longs cils aux sombres franges,Vos beaux cils mystérieux,Font encore plus étrangesLes rayons verts de vos yeux.Dans vos cheveux étincellentDe fauves paillettes d’or,Et sur vos lèvres ruissellentLes rires au fol essor.
Mais vous êtes si légèreQu’à vous suivre j’ai pâli.Je suis fatigué, ma chère :Bonsoir Lili !
Un beau soir, tout pleins d’ivresse,Nous fîmes un grand serment :Vous deviez à ma jeunesseDonner votre bras charmant,Et, dans nos baisers, où l’âmeMontait en soupirs heureux,S’éleva l’épithalameÉternel des amoureux.
Mais vous êtes si légèreQu’à vous suivre j’ai pâli.Je suis fatigué, ma chère :Bonsoir Lili !
Depuis lors, pour vous rejoindre,Tous mes soins sont superflus.De vos regards, pas le moindre,De vos sourires, non plus.On reprend les hirondelles,Mais vous, je le dis tout bas,Vous fuyez plus vite qu’ellesEt l’on ne vous reprend pas.
Oui, vous êtes si légèreQu’à vous suivre j’ai pâli.Je suis fatigué, ma chère :Bonsoir, Lili !
A dieu donc. Soyez, petite,Heureuse dans vos amours.Mais ne partez plus si vite :L’on vous aimerait toujours.Pour moi, comme un invalide,Je vais, en songeant à vous,Dans une cassette vide,Enfermer vos billets doux.
Car vous êtes si légèreQu’à vous suivre j’ai pâli.Je suis fatigué, ma chère :Bonsoir, Lili !
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le jardin des rêves, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1880· numérisation books.google.fr· Sources