Le jardin des rêves, 1880· Rimes amoureuses
Marmoreum Carmen
Tous les tons les plus doux du blanc, depuis l’opaleQui se veine d’azur comme un sein plein de lait,Jusqu’à l’ivoire vert, jusqu’au jaune très-pâleDes nénuphars mourant sur l’étang violet ;
Tous les tons les plus doux du blanc, sur tes épaules,S’abattent comme un vol d’amoureux goëlands ;La chasteté des lis et la douleur des saulesRuissellent de ton ventre au bord de tes pieds blancs.
Ainsi tu vas chantant la chanson innoméeDes neiges, du Paros givré de diamants,Et le sobre contour de ta poitrine aiméeEst un temple peuplé de blancs enchantements.
Seul, tel qu’un chaud soleil baignant une statue,L’ambre de tes cheveux s’épanche sur tes chairs,Et de fauves rayons fleurit ta grâce nueDe baigneuse accroupie au bord des fleuves clairs.
Et cette âpre toison où le désir s’égare,Brûle sur ta beauté comme un rouge flambeau,Ou comme l’or vermeil dont un sculpteur barbareColore un marbre grec pour le faire plus beau.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le jardin des rêves, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1880· numérisation books.google.fr· Sources