Le jardin des rêves, 1880· Poèmes et bas-reliefs· Sonnets frileux
III. Décembre
La mort dans le grand ciel épand des avalanchesOù les divins soleils roulent ensevelis ;Les nids déshonorés s’écroulent sur les branchesEt la neige frissonne au bord des cieux pâlis.
Les vanneaux fugitifs et les cigognes franches,Dans l’azur embrumé d’un virginal surplisS’éloignent, et leurs cris bercent les plaines blanches !Ou fleurissait l’orgueil immaculé des lis.
La terre dort. Elle a porté dans ses entraillesLes germes nourriciers des fécondes semailles,Elle a fait ruisseler la pourpre du raisin.
Et maintenant que l’homme insouciant s’abreuveDu meilleur de sa vie, elle, comme une veuve,Endort en un long deuil les fièvres de son sein.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le jardin des rêves, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1880· numérisation books.google.fr· Sources