Le jardin des rêves, 1880· Rimes amoureuses
Sérénade de noël
Les anges blancs comme des cygnes,Dans la nuit rose de NoëlOnt couvert de baisers insignesVotre berceau venu du ciel.
Et c’est leur divine caresseQui fait en pleine libertéS’épanouir votre jeunesseDans un pur rayon de beauté.
Vos cheveux blonds, ce sont les ciergesBrûlant aux messes de minuit,Et vous avez les pâleurs viergesDe la neige pendant la nuit.
De la neige qui s’illumineD’un reflet nacré de pudeur,Et vous donne comme à l’hermineSon inexorable froideur.
Pourtant l’amour qui vous inviteA vos genoux, matins et soirs,Se prosterne tel qu’un léviteDans la vapeur des encensoirs.
Et l’ombre aux voix enchanteressesVous dit tout bas, ô ma beauté !De cueillir l’heure des caressesDans la splendeur de notre été.
Avant que, brisant les pervenches,L’hiver implacable et jalouxFlétrisse sous ses ailes blanchesLa fleur d’amour éclose en nous.
La Noël vient, le corbeau passe :A la mer les espoirs déçus ;Dans notre cœur jamais la glaceN’abritera d’enfant Jésus.
Ah ! ne me soyez pas rebelle !La nature attend le réveil.A vos pieds laissez-moi comme elleRêver d’aurore et de soleil !
Adieu ! que dans l’ombre clémenteLes séraphins, jusques au jour,Pour vous bercer, ô ma charmante !Vous chantent des noëls d’amour.
Bagnères, 24 décembre 1877.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le jardin des rêves, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1880· numérisation books.google.fr· Sources