Vitraux, 1891
II. Les Fleurs d’Ophélie
À travers les iris et les joncs, OphélieAbandonne son âme aux murmures berceursDu fleuve seul témoin de sa mélancolie.
Et voici qu’au fond des verdâtres épaisseursTintent confusément des harpes cristallinesAttirantes avec leurs rythmes obsesseurs.
L’or diffus du soleil empourpre les collinesPar delà le château d’Elseneur et les toursQu’assombrissent déjà les ténèbres félines.
La Nuit féline dans sa robe de veloursBerce les eaux, les vals profonds et les ciels mornesEt des saules noueux estompe les contours.
Et les nuages roux du ponant sont des mornesOù grimpent, lance au poing, d’atroces cavaliersÉperonnant le vol furieux des licornes.
Or la Dame qui rêve aux serments oubliésMarmonne un virelai très ancien. La démenceÉlargit sur son front les deuils multipliés.
Fleurs sur fleur ! Des sanglots éteignent sa romance,Tandis que, les cheveux couronnés de jasmin,Elle s’incline vers les joncs du fleuve immense.
Les Nixes près du bord lui montrent le chemin,Et, calme, au fil de l’onde en les glauques prairies,Elle descend avec des bleuets dans la main.
Les fleurs palustres sur ses paupières meurtriesPoseront le dictame adoré du sommeil,Dans des jardins de nacre au sol de pierreries.
Sous les porches d’azur où jamais le soleilNe dore des galets la candeur ivoirine,Sous les nymphéas blancs teintés de sang ermeil,
Versification
- Forme
- Sonnet classique (sonnet)
- Rimes
- abab abab ccd ede
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Mots à la rime
- a Ophélie / mélancolie féminine, classiqueb berceurs / épaisseurs masculine, classiqueb cristallines / collines féminine, classiquec obsesseurs / tours masculine, classiquec félines / velours féminine, classiqueb mornes masculine, classiquec contours / cavaliers féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
31 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vitraux, Paris, LÉON VANIER, 1891· numérisation wikisource.org· Sources