Les poésies, 1887‑1926· Les poésies diverses (1898-1907)
I. L’Oréabe
De la fière Artémis‖ je suivais la fortuneDans la forêt épaisse‖ et solitaire où bruitEn un souffle éternel‖ la vigilante nuit ;Je fleurissais mon front‖ du croissant de la lune ;
Mon pied léger peuplait‖ les bois ; j'aimais bondirAvec l'écho, sur les‖ rochers, au creux des sources,Et parfois je rêvais‖ de chasser les deux OursesDont je voyais, le soir,‖ l'œil fauve resplendir.
Quelquefois immobile‖ à la plus haute cime,Le monde des vivants‖ et le monde des mortsMe semblaient ne former‖ ensemble qu'un seul corps,Merveille dont j'étais‖ le principe sublime.
Un nouveau ciel naissait‖ de mon sein lumineux,Mon lait ambroisien,‖ tel qu'une fine cendre,A travers l'Univers‖ s'en allait se répandre,Plus riche de soleils‖ que vos stériles cieux.
Au feu qui dévorait‖ maintenant ma poitrine,Aux brasiers en mes yeux‖ allumés, je sentaisCe que je cessais d'être‖ et ce qu'enfin j'étais,Moins déesse que femme‖ et deux fois plus divine.
Ce n'est pas en voleur‖ que tu vins me saisir,Amour ! Je n'ai pas fui‖ ta flèche redoutée :Toute livrée aux vents‖ et par eux emportée,Moi-même je n'étais‖ qu'un frémissant désir.
Et telle, ô Cythérée,‖ ai-je vu tes colombesPoindre ainsi qu'une aurore‖ au-dessus de la mer,Aphrodite, Vénus,‖ dont chaque nom m'est cher,Cypris, qui fais s'ouvrir‖ des roses sur les tombes…
Comme, en rêve, on entend‖ murmurer une voix,La plus mélodieuse‖ aux oreilles humaines,Du silence des lacs‖ troublé par les fontaines,Un appel musical‖ s'élevait dans les bois ;
Et j'écoutais gémir‖ ces paroles confusesQue le sombre aquilon‖ pleure dans les roseaux,Plainte dont l'horreur siffle‖ à la face des eaux,Et devient harmonie‖ à la coupe des Muses…
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a fortune / lune féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea bondir / resplendir masculine, classiqueb sources / Ourses féminine, classiquea cime / sublime féminine, classiqueb morts / corps masculine, classiquea lumineux / cieux masculine, classiqueb cendre / répandre féminine, classiquea poitrine / divine féminine, classiqueb sentais / j'étais masculine, classiquea saisir / désir masculine, classiqueb redoutée / emportée féminine, classiquea colombes / tombes féminine, classiqueb mer / cher masculine, classiquea voix / bois masculine, classiqueb humaines / fontaines féminine, classiquea confuses / Muses féminine, classiqueb roseaux / eaux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Poésies, Paris, Albin Michel, 1938· Sources