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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les poésies, 1887‑1926

Deuxième ode triomphale

(1926)

Raymond de la Tailhède· strophes variées, alexandrins et hexasyllabes, 61 vers

Muse, dont la pensée‖ est la lumière même,Brûle-moi de ces feuxD'où naissent à la fois‖ la beauté d'un poèmeEt la splendeur des cieux.

Que ces vers aujourd'hui,‖ Muse, que tu m'inspires,Passent les autres vers,Comme fait s'amollir‖ le bruit des grandes lyresLe tonnant Univers !

Je ne formerai pas‖ une entreprise vaine,Pour un faux idéal,Si je te chante, fleur‖ de la raison humaine,Amour du sol natal,

Et si je sais unir‖ aux pampres de ta vigneLes verts lauriers vivants,En Camille Delthil‖ honorant le plus digne,Moissac, de tes enfants !

Lui, dont la lèvre encore‖ à nos oreilles tremble,Que nous enseignait-ilLorsque, par les coteaux,‖ nous promenions ensemble,Les soirs du jeune avril,

Lorsque du Brésidou‖ jusques à Landerose,Au seuil de sa maison,La nuit faisait surgir‖ un ciel d'apothéoseDe l'immense horizon ?

Il disait le limon‖ de cette plaine vaste,Prodigue en lourds épis,Fertile et chaude autant‖ que les champs de Bubaste,Près du Nil assoupis.

Royale sous la pourpre‖ aux vendanges d'octobre,Il nous disait aussiTon glorieux labeur‖ et ta vie âpre et sobre,Race du vieux Quercy.

La fin du jour errait‖ dans les floraisons neuves,Et l'on voyait encorUn fluide métal‖ à la pointe des fleuvesDarder sa flèche d'or.

L'odeur que respira‖ de colline en collineL'espace aérien,Et qui fait tressaillir‖ d'émotion divineUn cœur virgilien,

Le rappel musical‖ des voix au loin perdues,Et l'ombre sur nos yeux,Tout te sollicitait,‖ Maître des étendues.Silence harmonieux !

« Les dieux ne valent pas,‖ certes, ce que nous sommes,Alors nous disait-il,« Cette terre est sacrée :‖ elle produit des hommes ! »Toi, Camille Delthil !

Toi, Camille Delthil,‖ flamme non consumée,Dressée au plein azur,L ornement et l'honneur‖ de cette terre aimée,Poète, homme, esprit pur !

Homme trois fois humain !‖ qu'une triple couronneIllumine son front,Que la foule accourue‖ au retour de l'automne,Que tous ceux qui viendront

Le célèbrent ; et moi,‖ sur ces cordes dociles,Et j'en ai la fierté,Pour n'avoir pas jugé‖ les Muses inutiles,Humble dans ta beauté,

Moissac, je te salue‖ entre toutes les villes !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
14[abab] 1[ababa]
Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (31 de 12, 30 de 6)· profil 6, 6+6
Mots à la rime
a même / poème féminine, classiqueb feux / cieux masculine, classiquea m'inspires / lyres féminine, classiqueb vers / Univers masculine, classiquea vaine / humaine féminine, classiqueb idéal / natal masculine, classiquea vigne / digne féminine, classiqueb vivants / enfants masculine, classiquea tremble / ensemble féminine, classiqueb enseignait-il / avril masculine, classiquea Landerose / d'apothéose féminine, classiqueb maison / horizon masculine, classiquea vaste / Bubaste féminine, classiqueb épis / assoupis masculine, classiquea d'octobre / sobre féminine, classiqueb aussi / Quercy masculine, classiquea neuves / fleuves féminine, classiqueb encor / d'or masculine, classiquea colline / divine féminine, classiqueb aérien / virgilien masculine, classiquea perdues / étendues féminine, classiqueb yeux / harmonieux masculine, classiquea sommes / hommes féminine, classiqueb disait-il / Delthil masculine, classiquea consumée / aimée féminine, classiqueb azur / pur masculine, classiquea couronne / l'automne féminine, classiqueb front / viendront masculine, classiquea dociles / inutiles / villes féminine, classiqueb fierté / beauté masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

61 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Poésies, Paris, Albin Michel, 1938· Sources