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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pauca Paucis, 1894· Première série· Sub sole

I. Au pays de l’olive

Clair Tisseur· 50 vers

Les vieillards

LE soleil pompe la geléeQui fait les oliviers cassants ;Aux rameaux, par mille et par cents,Pend l’olive, d’huile gonflée.

Les garçons

Chassez la paresse des moelles !Zou ! chargez les écharrassons !A nos flancs assujettissonsLes grands bissacs de toile à voiles !

Les filles

L’âpre mistral souffle ; les doigts sont gourds ;Mais le froid est moins dur auprès de ses amours,

Les vieillards

Du ver l’olive est épargnée ;Le fruit est lourd, il a la fleur **.Du merle on dirait la couleur.O la belle et féconde année !

Les garçons

Le chasseur a bon temps ; il passe,Avec son chien, dans les sillons,En dédaignant les oisillonsPour le tourdre et la perdrix grasse.

Les filles

L’âpre mistral souffle ; les doigts sont gourds ;Mais le froid est moins dur auprès de ses amours.

Les vieillards

Accroupis sur les escabelles,Ce soir il nous faudra trier,Parmi les tas, sur le charrier,Pour la conserve, les plus belles.

Les garçons

Tu dois avoir bien froid, péchaire !Par ce que j’ai de plus sacré(Parlons bien bas) je t’aimeraiToute ma vie, ô pauvre chère !

Les filles

L’âpre mistral souffle ; les doigts sont gourds ;Mais le froid est moins dur auprès de ses amours

Les vieillards

Le sauzain fait la meilleure huile ;Aux picholines la saveur ;Aux coriaces la vigueur ;Mais la tanche est la plus fertile.

Les garçons

Miette, quand t’épouserai-je ?De ma pauvreté j’ai souci ;Mais j’ai deux bons bras, Dieu merci !Que Notre-Dame nous protège !

Les filles

L’âpre mistral souffle ; les doigts sont gourds ;Mais le froid est moins dur auprès de ses amours.

Les vieillards

Demain, c’est le jour de la foire ;Nombreux seront les concurrents.Les olives vaudront vingt francs !Le marché fait, nous irons boire.

Les garçons

L’ombre qui s’étend de l’yeuseNous dit de cesser le travail.Mangeons le quignon frotté d’ail,Arrosé d’huile copieuse.

Les filles

L’âpre mistral souffle ; les doigts sont gourds ;Mais le froid est moins dur auprès de ses amours.

50 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources