Pauca Paucis, 1894· Première série· Sub sole
II. Parfums
Nous marchions lentement. Le calcaire blanchiBrûlait le pied glissant sur quelque herbe cendrée.Comme par un miroir le rayon réfléchiTournoyait, or et feu, dans sa volte moirée.
Près du sentier, les pins, de leurs aiguillons verts,Tiraient de longs soupirs. Sous leurs asiles sombres,Et répandant le lait sur son feuillage pers,Le ciste, de ses fleurs, illuminait les ombres.
L’air pur et diaphane apportait du lointainLes plus timides bruits, comme si la coupoleEût résonné, là-haut, en un timbre argentin,Sous les vibrations de l’onde qui s’envole.
Des plants que nous foulions, boules roses du thym,Sauge à la grappe bleue et sombre, âpre lavandeA la fleur azurée, aux tiges gris d’étain,S’exhalaient des senteurs qui flottaient sur la lande.
Je songeais d’un cruel fouleurQui, de son pied pressant notre âme,De nos deuils et de notre pleurEût fait jaillir parfums et flamme.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources