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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pauca Paucis, 1894· Seconde série· Varia

V. (H. Heine, Die Heimkehr.)

LE PÈLERINAGE DE KEVLAAR

Clair Tisseur· 80 vers

1

PRÈS du lit se tenait la mère :« Allons, mon Wilhelm, sois bien sage !« Ne veux-tu donc pas te lever,« Pour voir le beau pèlerinage ?

— « Je suis si malade, ô maman !« Je ne sais pourquoi j’ai si peur :« Je pense à la Gretchen, la morte,« Et cela me brise le cœur. »

— Viens, nous irons à Kevlaar,« Prends tes heures et ton rosaire ;« Ton petit cœur sera guéri« Par les mains de la bonne Mère ! »

Les bannières flottaient au vent ;Les hymnes montaient, solennelles ;C’est vers Cologne sur le RhinQue se dirigeaient les fidèles.

La mère tenait par la mainL’enfant à la face amaigrie.Tous deux chantaient avec le chœur :« Louanges soient à vous, Marie ! »

2

NOTRE-DAME de KevlaarA mis ses habits de parades ;Elle a bien à faire aujourd’hui :Il lui survient tant de malades !

Pauvres malades qui l’implorent !Chacun d’eux offre, faite en cire,L’image du membre dolent :Chacun voit cesser son martyre.

Et si d’une main c’est l’image,L’affligé voit guérir sa main ;Et si c’est un pied qu’il apporte,Bientôt son pied deviendra sain.

Il est venu plus d’un bancroche,Qui court ainsi qu’un lévrier.Tel dont les doigts étaient pourrisEst devenu ménétrier.

La mère modelait un cœurDe la cire prise d’un cierge :« Pour qu’elle guérisse ton mal,« Porte cette offrande à la Vierge ! »

L’enfant soupirant prend l’offrande ;Soupirant va vers Notre-Dame.Des larmes luisent dans ses yeux ;Les mots s’échappent de son âme :

« O vous entre toutes bénie,« O Vierge pure, ô Vierge sainte,« Très bénigne Reine des cieux,« Vers vous laissez monter ma plainte !

« Nous demeurons, ma mère et moi,« Dans Cologne la catholique,« La ville aux quatre cents chapelles,« A la superbe basilique !

« Et près de nous logeait Gretchen.« Et maintenant Gretchen est morte.« O Vierge, guérissez mon mal !« Regardez ce cœur que j’apporte !

« O guérissez mon cœur souffrant !« C’est un pauvre enfant qui vous prie.« Soir et matin il redira :« Louanges soient à vous, Marie ! »

3

A mère, avec le fils dolent,L Sont endormis dans leur chambrette.Entre soudain la Vierge sainte ;Sa marche est légère et discrète.

Elle se courba vers l’enfant,Et sur sa poitrine innocenteTrès doucement posa la main,Et puis disparut souriante.

La, mère, en rêve, avait tout vu.— Tout s’obscurcit. — Non sans effort,Elle secoua le sommeil.Les chiens aboyaient à la mort.

Le petit, les traits reposés,Gisait mort dans son humble lit ;La fraîche rougeur de l’auroreSe jouait sur son front pâli.

La mère joignit les deux mains ;Et sein gonflé, larme tarie,Elle murmurait faiblement :« Louanges soient à vous, Marie ! »

80 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources