Pauca Paucis, 1894· Première série· Vetera
I. Hellas
JE combattais, parmi les Grecs, à Salamine.J’ai vu rouler, au gré de la vague marine,Les Barbares roidis que notre fer perça.Le sein gonflé d’orgueil, haletant, immobile,J’étais dans le théâtre où notre vieil EschyleFaisait gémir Xerxès et pleurer Atossa.
J’ai contemplé ton corps, Kypris Anadyomène,Naissant sous le ciseau de Phidias d’Athènes !J’ai lutté dans le stade aux jeux de Marathon,Et lorsque revenaient les augustes journées,J’ai chanté dans vos chœurs, saintes Panathénées,L’hymne d’Harmodius et d’Aristogiton.
A l’heure où le tuait la plèbe scélérate,Je me mêlais, pleurant, aux amis de Socrate.J’ouis à Sunium, la divine leçon,Alors qu’à flots pressés découlaient les merveilles,Douces comme le miel posé par les abeillesSur les lèvres en fleur de l’enfant d’Ariston.
J’ai vu s’épanouir le Printemps de ce monde,Et Pan faire affluer la sève vagabonde.Et j’ai vu la Beauté qui ne se verra plus ;Le temps où la raison n’était que grâce innée.Puis un jour tout sombra. L’Hellade profanéeAvec elle entraîna l’Esprit dans le reflux.Moi, j’étais mort à Chéronée.
25 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources