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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pauca Paucis, 1894· Première série· Nugæ

I. Idylle

Clair Tisseur· 34 vers

Au sieur des Guénardes.

LE cœur tout alangui par un sommeil pesant,Je voulus respirer l’effluve bienfaisantDe l’aube ; et me hâtant de déserter la ville,Secouant de mes pieds sa poussière servile,J’abandonnai mes pas aux charmes du hasard.Où fut-ce ? — Je ne sais, me laissant guider parLe caprice oublieux. — Et je suivais la plaineCouverte de prés verts, de colzas d’or, et pleineDe rosée et de brume. Herbes et jeunes blésFlottaient comme une mer en replis ondulés.Et fermant à moitié les yeux, je vis paraîtreLa plaine humide et glauque, où le Grec, notre ancêtre,Avait placé ses dieux. — Comme lui, je crus voirArion de Lesbos assis sur le dos noirDu dauphin qui se joue ; et Vénus Cythérée,Assoupie à demi dans sa conque nacrée ;Et Neptune, calmant le flot de son tridentDans le galop scandé de son quadrige ardentSur l’arène qui crie ; et le troupeau folâtreDes tritons se tordant sous l’écume verdâtre ;Les nymphes, et la vague embrassant le flanc purDes beaux corps dont le lait se recouvre d’azur.

Mais, dans ma vision, je ne sais quels arômes,Acres et singuliers, de leurs subtils atomesViennent m’envelopper. C’est le parfum amer,La trace de Vénus, sans doute, que la merApporte, en rejetant au pied du cap Lamalgue,En écume fleurie un flot parsemé d’algue.

Je reprenais mes sens, lorsque, devant mes yeux,Ébloui j’aperçois quelque fille des dieux,Robuste Amaryllis, aux flancs pleins de souplesse,Lançant, avec un geste auguste de prêtresse,D’une urne assujettie au bois d’un javelot,La manne que la glèbe avide boit à flot.

Venissieux, 1884.

34 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources