Pauca Paucis, 1894· Première série· Ultra Cognita
V. Ignore
A J. G.
PERDU dans les sentiers ténébreux, lu demandes,A défaut pour tes yeux de l’éclatant rayon,Le météore errant des trompeuses légendes.Peu t’importe le Vrai, tu veux l’Illusion !Mais tu cherches en vain une foi dérisoire ;Il ne dépend de toi ni d’aimer ni de croire ;Et de même qu’Éros frappe quand il le veut.De même l’esprit croit, hélas ! lorsqu’il le peut.
Écoute ce qu’hier, parmi nos pins agrestes,Attentif aux accords de ces lyres célestes.Me disaient, bienveillants, nos hôtes familiers.Je contemplais au loin la plaine d’oliviersOnduler sous la brise en vagues argentées.Blotti sous le réseau des feuilles veloutées,Dans le bois blondissant, pour la première fois,Le timide coucou faisait monter sa voix.Avec les chants légers, les parfums, les haleines,L’âme du doux Printemps pénétrait dans les veines,Et le pin et l’oiseau, la brise et le parfum,Et la fleur entr’ouverte et l’insecte, chacunRépétait faiblement sa note murmurante :« Ignore ! Jette aux vents le soin qui te tourmente !Tu ne trouveras point la paix dans ton esprit.Cherche-là dans le cœur là seul elle fleurit. »
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources