Pauca Paucis, 1894· Seconde série· Sub sole
I. L’automne
L’AUTOMNE est doux et beau, plein de rêves, l’automneCent fois plus doux encor que le printemps si doux.Sur les bois alanguis que la sève abandonneLe pâle vert se teint de cinabre et de roux ;Aux ciels plus transparents et plus mélancoliquesLes nuages légers flottent plus mollement ;A peine sur les pins court un frémissement ;L’ombre s’allonge au loin sous les soleils obliques,Et les rayons, glissant dans les brumes du soir,Font aux monts violets des vapeurs d’encensoir.Aux chants étincelants qui peuplaient les ramuresSuccèdent tour à tour des incertains murmures :Le faible zézaîment du bec-figue alourdi,Le frôlement discret d’une feuille qui tombe,Le bruit aérien d’une aile de colombe,Le fredon de la guêpe autour du grain tiédi…Par moments tout se tait : sur les glèbes ruisselleL’inexprimable paix de l’âme universelle.
O vieillesse pareille à l’automne pâli !O vieillesse sans trouble aux portes de l’oubli !
Nyons, 1er octobre 1891.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources