Pauca Paucis, 1894· Seconde série· Sub sole
II. Paulum
AUX jours épanouis de ma chaude saison,A Mes yeux s’éjouissaient aux vastes horizons.La mer bleue, aux chemins blanchissants de lumière,Les plaines de roseaux, des autans coutumières,Les monts neigeux ont eu mes piétés premières.Plus tard, quand le soleil décline, les désirs,Moins irrités, ne vont qu’à ce qu’on peut saisir.L’homme sent qu’il est né pour les fortunes brèves.Assoiffé de silence, il sourit des grands rêves :Le restreint lui suffit…Ce matin, j’admirais,Plongée en l’air serein, la cime d’un cyprès,Élevant son faisceau tout noir, impénétrable,Sanctuaire assuré des oiseaux. Tout auprès,Frissonnant sous le vent fugitif, un érable,Où, sur la feuille triple, aux lobes acérés,Novembre avec son or a mis des tons pourprés.L’olivier vénérable y croisait ses ramures,Élançant dans le ciel ses palmes, et mêlantA ses feuilles d’argent le noir de ses baies mûres.Sur ce bouquet, le bleu profond, étincelant !
Et ce peu renfermait toute l’âme infinieQue peut tenir le monde ; et toute l’harmonieEn sa proportion réduite ; et je pensaisQue l’art se doit garder d’un inutile excès ;Que le moindre brin d’herbe a sa magnificence,Et que l’humble fourmi vaut l’éléphant immense.Tout l’art est dans le peu comme dans le beaucoup :La partie est divine aussi bien que le tout !
Nyons, 7 novembre 1892.
29 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources