Pauca Paucis, 1894· Première série· Sub sole
V. L’euphorbe
A Henri Panarel.
DANS un joint du vieux mur, sous une large pierre,Le grain, le grain obscur a levé lentement.Sans trêve, chaque jour forçant le dur ciment,La racine a poussé l’invincible tarière.
C’est un euphorbe. — Il croît. — La plante meurtrièreDonne aux yeux étonnés un éblouissement.Émeraude et velours font un fouillis charmantOù la gamme des verts s’épuise tout entière.
Comme un funeste amour dans le cœur infiltré,L’arbuste au plus profond du mur a pénétré.Les deux ne sont plus qu’un dans leur multiple étreinte.
— Arrachez ce poison !… Et le pic effiléFouille et refouille au sein de l’étroit labyrinthe.— Le poison est détruit… — Le mur est écroulé.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources