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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pauca Paucis, 1894· Première série· Sub sole

IV. L’aloès

Clair Tisseur· 26 vers

L’ALOÈS, au vert glauque, a poussé dans la fenteL Du rocher fauve. Au pied, le cactus et l’acantheDescendent jusqu’aux flots, où les blancs alcyonsS’entr’ébattent, baignés d’écume et de rayons.La plante, épaisse et drue et d’Hélios brûlée,Déploie en éventail sa lame barbelée,Et le mistral, qui rompt le fût du chêne vert,Glisse, sans la courber, sur la feuille de fer.Il a crû lentement, et mainte et mainte année,Roulant son flux amer, la MéditerranéeSous ses pieds a poli la roche abrupte. Un jour,Jaillit soudain du cœur compact un fleuron lourd,Dur, robuste. Il grandit. D’heure en heure il élanceDans l’éther miroitant sa gigantesque lance,Épaisse comme un mât de navire, et bientôtIl dépasse du pin le dense chapiteau ;Des bouquets monstrueux sont soudés au fût glabre.Chaque monceau fleuri, de son luxe éclatant,Semble prêt à parer l’épouse d’un Titan.Ainsi, dans l’air en feu, l’immense candélabre,Avec ses branches d’or, est dressé pour l’hymen.Mais le jour nuptial n’a pas de lendemain,Et le même flambeau, brillant aux épousailles,Prête sa girandole ardente aux funérailles.L’être a rempli sa vie : il aima, fut aimé ;Dans le baiser de mort l’avenir a germé.

26 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources