Pauca Paucis, 1894· Première série· Mors
IV. Le lit
O NUIT de la jeunesse, ardente nuit sans rêve,Près d’un être qu’on aime et dont on est aimé ;O nuit, ô longue nuit, ô nuit pourtant trop brève,Passée à respirer un souffle parfumé !
Le front tiède appuyé sur un sein que soulèveLe reflux régulier d’un sang jeune ; charméPar ce susurrement d’abeille au mois de mai,Nous eussions pu coucher sur le tranchant d’un glaive.
Maintenant, morne et las, tournant et retournantCent et cent fois un corps douloureux, maintenantNous ne saurions tenir dans soixante coudées.
Bientôt un lit meilleur aura reçu tes os :Un peu froid, un peu dur, sans courtines brodées,Étroit ; — mais il te garde un éternel repos.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources