Pauca Paucis, 1894· Première série· Mors
V. Elle
ME voici. Pourquoi donc te troubler à ma vue ?N’as-tu point oublié le frisson du plaisir,Et le trouble divin où couve le désir,Et les tendres avrils où la sève reflue ?
Voir la rose effeuillée et la pelouse nue,Et les jours s’écoulant plus hâtifs ; voir faiblirSon esprit fatigué ; la lumière pâlir,Et le corps se voûter sous la tête chenue ;
Songer au cœur chéri que la Nuit a glacé ;Soi-même n’être plus qu’une ombre du passé :Tel est le sort commun de l’argile mortelle.
Le dernier pas est court qu’il te reste à franchir.Sans émoi mets ton pied dans le champ d’asphodèle :Il est plus mort de toi qu’il n’en reste à mourir
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources