Pauca Paucis, 1894· Première série· Anthologica
XXV. Myrto
SUR mon sort Esculape avait jugé : l’éphèbe,Avant l’hiver, devait être en proie à l’Érèbe.Tout devenait amer à mes sens affadis ;Sous moi se dérobaient les forces fléchissantes,Et je traînais mes pas loin des vierges dansantes.Un jour, fuyant la plaine et les brûlants midis,Triste, attendri, j’errais sous les noires yeuses,Écoutant chuchoter leurs voix mystérieuses.Je rencontrai Myrto. Ses yeux de violettesMe semblèrent chargés de peines inquiètes,Sa voix était troublée et, dans son jeune sein,Qui soulevait les plis de sa robe de lin,On eût dit qu’on voyait palpiter deux colombes.« Je ne veux pas, dit-elle, ami, que tu succombes ! »De sa lèvre, en tremblant, tombe un baiser fleuri.Envahi par l’afflux d’extase débordante,Je sentis dans mon cœur courir la vie ardente,Et m’écriai : « Myrto, Myrto, tu m’as guéri ! »
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources