Pauca Paucis, 1894· Seconde série· Varia
I. Pourquoi ?
MES yeux sont vacillants sous l’ardente lueur ;L’air pèse ; sur mon front vient perler la sueur.
De ses pieds et du dard que sa trompe recèle,Sans trêve, sans pitié, la mouche me harcèle.
Un ogre, flancs velus et l’abdomen replet,Guette, et va me venger : c’est l’araignée immonde.Elle vient de saisir la mouche vagabonde,En ses jeux accrochée aux mailles du filet.Le croc d’acier déjà tranche le corselet…— J’entends un frôlement léger, vif, un bruit d’ailes,Et tissu de rayons et vapeur de dentelles,Sont emportés au loin dans l’air. Un passereau,D’un bec agile et sûr, a happé le bourreau,Et bien repu, module un rythme de tendresse…— Soudain, des profondeurs de l’éther, un milanTombant immense, lourd, arrache à son ivresseL’oiseau cloué d’horreur et le sein pantelant.Le monstre, en belle humeur, à son aise déchireLe frêle et doux chanteur qui gémissant expire.— Ignoble loi de l’astre où le sort m’a logé :Chacun en mange un autre, et d’un autre est mangé !— Salut au Meurtre, roi du monde !…Quelle choseFait se dresser pourtant l’effet contre sa cause ?Tandis que tout fléchit sous ta verge d’airain,Et que tu vas tuant d’un front doux et serein,Pourquoi, divine fleur du mal, Nature injuste,Moi, le fils de tes flancs, ai-je la soif du JUSTE ?
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources