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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pauca Paucis, 1894· Première série· Ultra Cognita

I. Prière

Clair Tisseur· 90 vers

A Édouard Aynard.

Chœur

SUIVANT les rites des ancêtres,Sur les flûtes, les barbytos,Sur les cithares de Délos,Célébrons ZEUS, père des êtres :Le seul qui ne soit pas domptéPar l’altière NÉCESSITÉ !Suivant les rites des ancêtres,Célébrons le Maître des maîtres.Sur les flûtes, les barbytos,Sur les cithares de Délos,Célébrons ZEUS, père des êtres !

Récitatif

Zeus, Souverain des dieux, éternel, tout puissant,Toi que, sous mille noms, du couchant à l’aurore,Du Nil au Borysthène, à genoux l’homme adore,Je te salue en frémissant !

O Zeus, toi dont la face auguste est invisible,Toi, l’Obscur, le Voilé, toi le Mystérieux,Qui fis régir la terre et la mer et les cieuxPar les Lois au front impassible ;

O Zeus, tu tiens le monde en ta main ! Chaque jour,Le divin Hélios, conduisant ses cavalesAux crins incendiés, parmi les cieux d’opales,De l’orbe tracé fait le tour.

Zeus, couronné d’éclairs, quand tu veux, tu déchaînesLes longs flots mugissants sur les sables de feu,Et tu troubles Thétys, la reine au péplos bleu,Jusqu’en ses profondeurs sereines.

Zeus, tu fais s’entr’ouvrir les flancs de Déméter !On voit trembler les monts fumants ; les palais croulent,Et tandis que des cieux les océans découlent,Tu passes flamboyant dans l’air !

Mais, Zeus, tu fais aussi les haleines dociles,Les Zéphyrs susurrants et doux, nés de l’Éther,Qui font sous leurs baisers frémir le flot amer,Hôtes aimés des ports tranquilles.

Tu résides partout ; tu remplis le KosmosDe ta présence auguste, ô Zeus ! nulle parcelleOù tu ne sois : Raison vivante, universelle,Qui circule dans le Khaos !

Voilé par les rayons de l’ardente auréole,Zeus, nul ne te connaît, ne te conçoit ; pas plusQue l’obscur grain de sable apporté par le fluxNe conçoit l’homme et sa parole !

O Père, ô Zeus, tu fus, tu es et tu seras !De même que le Temps pour toi n’a pas de borne,L’Espace tout entier, dans son infini morne,N’atteint pas le bout de ton bras.

Car il n’existe rien, ô Zeus, qui ne ressenteLe pouvoir détenu par tes augustes mains.Rien dans l’Ouranos clair, rien dans les cieux divins,Rien dans la mer retentissante,

Rien sur la Terre errante ou dans ses larges flancs,Rien dans l’Hadès obscur, rien, ô Dieu de Justice,Ne se peut accomplir sans ta droite propice,Hormis les crimes des méchants.

Vainement le mortel issu d’un peu de fange,Usant du Verbe saint qu’à lui seul tu donnas,Ose, Titan chétif, dire que tu n’es pas,O Zeus, c’est ton nom seul qu’il change !

Il s’incline devant la Force ou le DestinAveugle et sourd, ou bien ce qu’il nomme Nature :Comme si tu n’étais la Force et la Mesure,Réglant tout d’un rythme certain !

Ne l’emplis-tu donc point, cette Nature immense ?Le Sort et le Destin ne sont que tes sujets.Qu’importent donc les noms, s’il faut que les objetsPossèdent la même puissance !

O Zeus, c’est vainement que la vile fourmiVeut nier le mortel qui de son pied l’écrase,Et le chaume nier la foudre qui l’embrase,Le feu, l’Etna qui le vomit.

O Zeus, Dispensateur serein de toute chose.Qui sauves la nef bleue ou la romps à l’écueil,O veuille délivrer les hommes de l’orgueil.De tout mal odieuse cause !

Établis parmi nous le règne de la Paix,De la Justice auguste et de la Règle sainte ;Puissions-nous, étouffant notre éternelle plainte,Rendre le prix de tes bienfaits !

Chœur

Suivant les rites des ancêtres,Sur les flûtes, les barbytos,Sur les cithares de Délos,Célébrons ZEUS, père des êtres ;Le seul qui ne soit pas domptéPar l’altière NÉCESSITÉ.Suivant les rites des ancêtres,Célébrons le Maître des maîtres.Sur les flûtes, les barbytos,Sur les cithares de Délos,Célébrons ZEUS, père des êtres !

90 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Pauca Paucis, LYON, BERNOUX ET CUMIN, ÉDITEURS, 1894· numérisation google.com· Sources