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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Vers inédits, 1919· Épitre a la muse

a. Le jour des Morts

Paul-Jean Toulet· alexandrins, 119 vers

Tel que d'un sceptre d'or‖ à travers les prés sombresHermès mène sans bruit‖ le vain troupeau des OmbresEt les dissipe au seuil‖ de l'abyme inconnuD’où nul mortel au jour‖ jamais n'est revenu.— Car de boire à tes yeux.‖ Daphnis, ô Perséphone.Oublie et l’or du jour‖ et la danse du FauneAux bords siciliens ;‖ mais Didon, sa douleur ;

Cependant que César,‖ plus grand que le malheur.Songe, et croit voir d'une Aigle‖ à l'horizon qui fume,Cinq fois découronnée,‖ au loin pleuvoir la plume ;Déjà le jour des Morts‖ arrache par milliersLe mufle aux yeux de porc‖ à ses jeux familiersPour s'en courir joncher‖ d'un sou de violetteQuelque oncle dont peut-être‖ il hâta le squelette.Déjà dans leur café‖ les jaunes chroniqueursAvides de toucher‖ à la caisse, — et nos cœurs –Malaxent Scholl avec‖ Chincholle ou Claretie.

Et vous, ma Muse, et vous‖ qui… : « Madame est sortie »,Me répond la boniche,‖ « avec deux messieurs seuls »,— Peut-être qu'ils allaient‖ essayer des linceuls ?« Je ne sais pas, Monsieur »‖, me répond la boniche.— Soit, j'irai seul, comme eux.‖ J'irai choisir ma niche,Et d'avance goûter‖ l'harmonieux séjourOù la mort, aussi bien,‖ me doit ouvrir un jourSur un char sans honneur,‖ peut-être, et sans prière,Et, Chose en eût pleuré,‖ sans un ami derrière.Cependant me sourit‖ contre un tertre enfuméLe monument du bon‖ sculpteur Bartholomé ;Et plût au Ciel qu'il fût‖ le seul à me sourire !Mais quoi, hideux amas‖ que je n'ose décrire,En croirai-je mes yeux,‖ de loin vous me guettiez,O bottiers, papetiers,‖ et vous, parapluitiers,

Jusqu'à l'homme du fisc,‖ Iris funeste à lire,Dont je crois voir au loin‖ rire la tirelirePrès d'un fétide huissier,‖ d'un greffier kakadois,D'un expert, l'étant tous‖ à compter sur leurs doigts(Eh, comment vivre à ne‖ compter que sur soi-même ?)Y joindrai-je ton juge,‖ ô paisible VIIIe,A qui — — trouvait un air intelligent ?La justice qu'il rend,‖ je suis sûr que TrajanN'aurait de tout son cœur‖ pas manqué de la rendre.Baste, laissons ces gens.‖ Il en est à revendreEt vendre, chez Thémis.‖ Mais il y faut le rond.Comme disait Lévy,‖ quand il passa baron.Et quand je dis Meyer,‖ aussi bien Cahen-frère,Le sien lui doit beaucoup :‖ il a fait son affaire.

Quel qu'ils soient, dirait l'Ours,‖ c'est pis que le Métro ;Passe le sanhédrin‖ mais le greffe, c'est trop !Et fallut-il fouler,‖ comme en été l'arbouse,Tous ces barons de boue‖ et ces robins de bouse,Fuyons l'odeur des lois‖ et leur vaste bilan.Où pensez-vous qu'à fuir‖ on n'ait pas quelque élanQuand vous montre son blair‖ la Môme Tubercule,Objet qu'à besogner‖ reculerait Hercule ?Faisons, dis-je, la paire.‖ Un moteur, et les Cieux !

Mais toi, Muse, soudain,‖ qu'entre tes deux MessieursJe vois réapparaître,‖ à leur poche incrustée,Reste, et, vengeant la gloire‖ en tes fils insultée,Pour mieux quêter Géronte‖ ou M. FloridorTends-leur ce plectre où Ploute‖ a mis sa corde d'or.Que si, de nos Ronsards‖ devançant l'épitaphe,Tu disais — Non : ne le‖ dis pas (c'est une gaffe),— Qui, quoi… ?— Qu’attaquer Steeg, qu’oncques, kif kif Klopstock,Nul ne valut de Prusse‖ à nous placer le stock !Ne le dis pas, au Norse‖ obscur qui nous consterne,Qu'Andersen seul nous fait‖ pardonner à Biornsterne ;Que l'on aurait plaisir‖ à connaître GorkiS'il dansait seulement‖ comme écrit Nijinsky,Et, nouveau Marsyas,‖ passer des NibélonguesA Léoncavallo …‖ dont les pièces sont longues.Vaut-il mieux rester seul‖ en un poële mal chaudAvec M. Hamon‖ à bâiller Bernard Shaw,Ou de voir chez Brisson,‖ béant, à place entière,Le professeur‖ de volapuck sur la rentière,Et l'oie au cœur discord,‖ dont seul Abel Hermant

Sait tirer une plume‖ où grince un diamantEt revancher la Gaule‖ à leurs cris ennemis ?Non ! Bruxelles plutôt.‖ Au moins on voit Willy.Mais toi, laissant aux Goths‖ ce Parnasse avili,Dis-nous les nourrissons‖ de notre Académie,Richepin toujours vert‖ à remâcher sa mie,Aicard, fait par les dieux‖ pour jouer du tambour,Labeur, cet Hanotaux,‖ et Doumic, ce labour ;Cependant que blanchoient‖ sous les candidatures— — avec — — pleins de choses futures ;Veber, qui du Sérail connaît plus d’un secret

T’y peindrait par surcroît ce lauréat discretDont on loue (et mieux vaut que de l’acheter ferme)Le cœur qui l’entraîna jadis loin de sa ferme :Ses souliers en pleuraient.

Et l’autre qui vécut,Pour tous émoluments, longtemps de pieds au culJusqu’aux jours qu’il acquit à chanter nos déroutes

— Car les héros vaincus, c’est là qu’il est aux croutes —L’air d’avoir compté plus, au combat singulier.D’affaires que Bruchard n’en saurait oublier.

Mais qu’importe ! Barrès nous reste, avec Lemaître ;Et près de France encor s’il est quelque autre maîtreDans les chemins de l’art qui nous sache enseigner,Otez votre chapeau, c’est Henri de Régnier.

Toi, loin d’un Tout Paris. Muse, qu’Astruc régale.— Cependant que beaucoup à Noaille inégaleMais que le Titanic ne ferait pas sombrer.— — tend des appas imposants à nombrer. —Va mesurer ton rêve au rythme de tes ailes.

Mais avant d’aller traire au renne ou les gazellesLoin d’un conseil municipal nourri de glands,Loin de tout pot de vin, comme de tous beuglants,Dis à d’Annunzio que le Dante à sa gloireNe tourna le parler qui sonne aux bords de Loire :Et, vengeant Moréas à ton carquois divin,Fais taire pour jamais le ménage Sylvain,Mais quoi le miel d’un Grec vaut-il donc tant de ruches,

Et la seule Garden plus de mille perruchesDont pas une muette, ô triste Portici ?Tout ça fait bien des gens qui ne sont pas d’ici,Bien des maisons de thé qui sentent l’étrangèreEt beaucoup de choucroute, avec leur ménagère.

Versification

Mètre
Alexandrins· profil 6=6

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119 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers inédits, Paris, LE DIVAN, 1936· numérisation Bibliothèque électronique, Université de Maurice· Sources