Vers inédits, 1919· Épitre a la muse
b. Satire première
Tel hermès dans les prés‖ qui ne sont pas fertilesA son bâton d'ébène‖ enchante les subtilesMânes, et de l'Averne‖ aisément descenduMais dont le flot deux fois‖ n'est jamais entendu ;Car de boire à tes yeux‖ Daphnis, ô Perséphone,
De la chèvre aime sel‖ oublie avec le FauneLes jeux siciliens.‖ — mais Didon sa douleur ;Cependant que César,‖ plus grand que le malheur,Songe, et croit voir, d'une aigle,‖ à l'horizon qui fume,Cinq fois découronnée,‖ au loin pleuvoir la plume ;Ainsi le jour des Morts‖ pousse par milliers,Cependant que lamente‖ un soir de violette,Le mufle à l'œil de porc‖ aux monts familiersDes défunts dont peut-être‖ il hâta le squelette.Déjà, dans les cafés,‖ les jaunes chroniqueurs,Avides de toucher‖ à la caisse, et nos cœurs,Malaxent Scholl avec‖ Chincholle ou Claretie ;Et toi, ma Muse, et toi‖ qui… : « Madame est sortie ».Me répond la boniche,‖ « avec deux MM. Seuls »
— Peut-être qu'ils allaient‖ essayer des linceuls ?— « Je ne sais pas, Monsieur »‖, me répond la boniche.— Bon. J'irai seul comme eux.‖ J'irai choisir ma niche.… Et déjà me sourit,‖ contre un tertre enfumé,Le monument du bon‖ sculpteur Bartholomé.Ah, qu'il y fut au moins‖ le seul à me sourire !Mais quoi, peuple amasser‖ que je n'ose décrire,Affreux à l'odorat,‖ de loin vous me guettiez,O bottiers, papetiers,‖ et vous, parapluitiers ;Jusqu'aux gens à Léon‖ Barthou, dont le délireCruel fait à mes yeux‖ rire une tirelire.Quand à peindre l'huissier‖ fétide, ou kakadois,L'expert, tous deux l'étant‖ à compter sur nos doigts,(Eh ! comment vivre à ne‖ compter que sur soi-même ?)Je ne puis ; ni ton juge,‖ ô paisible VIIIe,Qu'a blasonné naguère‖ un libelle outrageant ;
Lui, qui rend la justice‖ aussi bien que TrajanN'aurait de tout son cœur‖ pas manqué de la rendreA sentir ces gens-là ;‖ non qu'il n'en soit de tendre,(Et des faisans aussi).
Mais il y faut le rond,Comme disait Lévy‖ quand il passa baron.Grâce et dut-on fouler‖ comme au temps chaud l'arbouse,Lorsque le vent d'Ouest‖ la mêle au premier gland,Ces Brid’oisons de boue‖ à ces robins de bouse,Fuyons l'odeur des Lois‖ et leur vaste bilan.
Mais toi surgie, enfin,‖ toi que la foule amuse.Entre tes deux Messieurs‖ reste à quêter, ô Muse.Tour à tour Gérondof‖ ou Poulofloridor.
Tends-leur ce plectre où Ploute‖ a mis un boyau d'or ;Et, t'entraînant ici‖ d'avance au Nécrologe,Du barbare surtout‖ sache rythmer l'éloge
Car parfois un écho‖ dans la gazette à vendreLe change en bon français.
Et tel serait GorkiS'il dansait seulement‖ comme écrit Nijinski ;
Ou qu'il grimpe si bien‖ qu'il passe nos esgourdes,Tel Massillon Coicol,‖ nourri sous les cocos.Ah, comme en Haïti,‖ si l'on payait en gourdes.Que j'irais, Biarritz,‖ essayer tes bancosEt d'un pied que je sais‖ si la forme divinePèse moins dans ma main‖ que ceux d'Ernst à Litvine,
Tandis que les Boiards‖ jaspinent baragouinAvec des grands d'Espagne,‖ et ne s'entendent point…Étranger, langue obscure‖ et pas encor polieMais parfois qu'un poète‖ à son rêve te plie !Car, tous les gazetiers‖ de Naples (mal affreux)Aboieraient-ils la France,‖ en leur sombre folie,De Tancrède à Murat,‖ les rois faits de nos preux,Et par le fer d'Anjou,‖ dans leur ville avilie,Du triste Conradin‖ la jeunesse abolie,D'Annunzio nous parle,‖ et tout est oublié.Car nous aimons en lui,‖ de Grèce et d'Italie,Ce laurier qu'à l'olive‖ on vit jadis lié.Mais Dante, y songe-t-il,‖ n'a pas commis sa gloireAu verbe harmonieux‖ qui sonne aux bords de Loire,Ni Mistral ne voulut‖ à la voix du voisin,Pour la langue d'oui‖ quitter son limousin.
Et quoi ! Quand on s'appelle‖ Harembure ou MichaudEst-ce pour chanter russe,‖ ou pour danser gaucho ;Et, nouveau Marsyas,‖ passer des NibélonguesA Léoncavallo …‖ dont les pièces sont longues ?A moins que solitaire‖ en un poêle mal chaud,Avec M. Hamon‖ on bâille Bernard Shaw,Et d'ouïr chez Brisson‖ béant à place entièreLe professeur‖ de volapuc sur la rentière
Et l'oie au cœur discord‖ dont seul Abel HermantSait tirer une plume‖ où grince un diamantEt qui venge la Gaule‖ à leurs cris ennemis ?Ah ! Bruxelles plutôt,‖ pourvu qu'y soit Willy.
Mais plutôt, las de peindre‖ in anima vili,Dis-nous les derniers-nés‖ de notre Académie :Richepin toujours vert‖ à remâcher sa mie,Aicard fait par les dieux‖ pour jouer du tambour,Labeur, cet Hanotaux,‖ et. Doumic, ce labour ;Dis-nous (mais que Veber‖ t'en dicte la peinture)
Les salons où se pose‖ une candidature,Et de quoi vécut Mopse‖ avant d'être trompé,Qui croyait qu'on se pousse‖ à coups de pied au dosJusqu'au jour où lui vint‖ à chanter nos déroutes,— Car les héros tombés,‖ c'est là qu'il est aux croûtes —Cet air d'avoir eu plus,‖ au combat singulier,D'affaires que Bruchard‖ n'en saurait oublier.N'oublie enfin la vierge,‖ aux agasses pareille,Qui, pensant que l'on fait‖ les romans par l'oreille,
Pour Vadius déroule,‖ ainsi qu'un manuscrit,Le maillot par sa mère‖ à sa vertu prescrit ;Vadius qui s'agite,‖ et que le diable mène,Que fût-ce à la campagne‖ ou bien à Paris (Maine),A Paris (Carniole‖), y confesser les loisQu'au prudent Albalat‖ inspire le François !Dis-nous … mais c'est assez‖ que France, avec Lemaître,Nous demeure, et Barrès.‖ Ou si quelque autre maîtreDans les détours de l’art‖ vaut à nous enseigner,(Otez votre chapeau‖), c'est Henri de Régnier.Pour Manuel Aulard,‖ crois-moi, tu peux l’omettreOu Jaurès à deux mains‖ retenant son crachoirEt conjuguant tous deux‖ le duel de déchoir.
Que t’importes, Paris,‖ c'est Astruc qui régale :Va, tangue, vieux bateau.‖ Cependant qu'inégaleA Noaille et, sur des‖ tréteaux près de sombrer,Nous tendant ses appas‖ et ses vers à nombrer.N. s’écoute pousser‖ des ailes de cigale.Et pourtant, au hasard,‖ que Souday me nommâtInquisiteur‖ comme Meyer (c'est un zeugma),Je voudrais bien savoir‖ pourquoi, des femmes blondes
La chevelure est d'or,‖ mais les rimes non pas.Muse, interroge-les,‖ et le répète aux ondesQui le diront aux vents.‖ Car, adieu, de ce pas,Tandis que le Conseil‖ municipal s'engraisse,Toi, vengeant Moréas‖ à ton carquois divin,Fais taire, s'il se peut,‖ le ménage Sylvain ;Où, s'il ne se peut pas,‖ qu'au moins, laissant la Grèce,Ils nous jouent du Conrart.Fais, je t’en prie, aussiTaire tous ces Jean-Pied‖ qui ne sont pas d'ici :Han d'Islande, Jocko,‖ les fils que la BoulgresseFit au Cubain, et les‖ muets de Portici,Et les thés de Ceylan‖ où ça sent la négresse,La naphtaline, le Ghetto …
Jour d’allégresseOù tes sujets, repus‖ enfin, feront ladja,Gilles, mélancolique‖ empereur du goujat ;Où le Prusco bisexe‖ et le pliant AlbocheNous montrerons ce dos‖ qu'a courbé leur débauche,Et qu’a courbé, sept fois‖ du Grand Charle échaudé,Murat à sa cravache,‖ et du bâton, Condé.Cœurs d'érable pourris‖ sous l’écorce des chênes,Rappelez-vous vos rois‖ tout reluisants de chaînesQue Bonaparte, saoul‖ d'encens et d'hosannah,Menait courre le cerf‖ dans les champs d'Iéna.Muse, je le sais trop,‖ ce n'est encor que rêves.Avant que l’étranger‖ ne se tire des grèves,Je veux voir Augagneur,‖ lieutenant de vaisseau,
Entraîner notre flotte‖ en soufflant dans un seau ;Ou le citoyen Bracke,‖ au bourgeois donnant trêves,En oublier Bebel —‖ et son grec, Desrousseau.
Tel, dans Pau lumineuse‖ où les toits sont d'ardoises,Ami, tu maudissais‖ ton repos insulté,L'auberge ouverte à tous‖ les jours, et la clarté,Et l'atelier d'en face‖ aux petites PaloisesQui te tiraient la langue‖ ou te faisaient des yeux.Mais toi qui leur jetais‖ des jurons pour adieuxTu pris l'escalier‖ aux marches inégales,Tel Hercule, jadis,‖ éveillé des cigales,Cherchait une autre rive‖ et maudissait les dieux.
Versification
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
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165 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Vers inédits, Paris, LE DIVAN, 1936· numérisation Bibliothèque électronique, Université de Maurice· Sources