Le Portique, 1909· III L’art et la beauté
Athènes !
Ville heureuse, soupir des artistes, Athènes,Où, sous un casque d’or, fulgurait la Raison,Où les dieux, qui protégeaient l’homme en sa maison,Chœur suave, peuplaient les montagnes lointaines,
Ah ! nous n’aurons pas vu danser, près des fontaines,Les Grâces et l’Amour sur le tendre gazon,Ni, sur l’Océan glauque au sphérique horizon,Les trirèmes d’Hellas, balancer leurs antennes !
En nos villes du Nord où pleure la clarté,Si d’aventure, un soir, nous croisons la Beauté,Sous le gaz dont l’hiver embrume les bougies,
Nous passons, l’œil baissé, sans avoir reconnuLa déesse de gloire au front noble, au sein nu,Dans cette courtisane aux paupières rougies !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources