Le Portique, 1909· II La femme et l’amour
La May Flower
Tes aïeux ont quitté l’énergique Angleterre,Puritains dédaigneux du siècle, pour fonderSur un continent vierge et libre, un peuple austère ;Ils sont partis, avec leur Dieu pour les guider.
Je les vois, au lointain des vagues, regarderDe leurs yeux gris faits pour l’étude et le mystèreL’azur vide, anxieux qu’y surgisse la terreOù leur songe édénique enfin doit aborder…
Ces conquérants naïfs, ces fuyards chimériques,Leur œuvre, hélas ! nous la voyons : C’est l’Amérique,Enfer de l’or et de la force, ô Fleur de Mai !
Parfois pourtant, dans cette race, aux yeux des femmes,Quelque chose subsiste encore de leurs âmes…Je crois qu’en toi d’abord c’est elles que j’aimai.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources