Le Portique, 1909· II La femme et l’amour
La Chute
Vous avez traversé le ciel clair de ma vieComme une étoile d’or les soirs calmes d’été,En laissant dans l’air tiède un sanglot de clarté,Un vif frémissement de lumière ravie.
Mais, dès qu’il a fini son parcours enchanté,Le bolide brûlant que sa course incendieVient s’abattre, fumeux, sur la terre engourdieTel un Titan déchu, noir de foudre et dompté…
L’étoile d’or n’est plus qu’un bloc sans étincelle !Ainsi, mon pauvre Amour, ayant rayé de l’aileLa ténèbre mélodieuse et l’éther bleu,
Vous tombâtes dans un lieu perdu, faible Archange.Là, depuis lors, s’élève un monolithe étrange,Un fragment d’astre mort, la carcasse d’un dieu !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources