Le Portique, 1909· II La femme et l’amour
Orphée
Chanteur sacré, resplendissant de ton délire,Qui descendis, par le funèbre corridor,Vers la rive infernale où l’eau même s’endort,En tendant vers les dieux d’en bas ta grande lyre,
En vain, à tes sanglots, ces dieux mornes pâlirent,En vain, vers le printemps terrestre et l’aube d’orTe suivit l’ombre en deuil, énamourée encor :Tu ne revis jamais Eurydice sourire !
O Prince des Amants, ta blessure et ton deuilSont les nôtres… J’aimais. J’ai perdu ma maîtresseAu corps délicieux, sans qu’elle entre au cercueil.
La mort n’est pas toujours la suprême détresse ;J’adore une Vivante, et n’ai plus sa caresse…L’Érèbe n’est pas mieux défendu que son seuil !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources