Le Portique, 1909· V L’homme et la douleur
La Douleur
La Douleur, c’est comme une bête haletanteDont un rude aiguillon pique les naseaux fous,Et qui trébuche et qui se blesse dans les trousQue l’eau creusa dans une terre dégoûtante.
La douleur, c’est une humble femme grelottante :Ses enfants morts, son mari hurle sous l’écrou ;Le haut des toits s’éclaire un peu d’un soleil roux…Elle pleure de faim, d’insomnie et d’attente.
La douleur, c’est la vierge russe au clair œil bleuDont un Cosaque à coups de fouet fend la peau nue,Pour avoir cru, Liberté sainte, à ta venue.
Et la douleur, c’est un Prophète élu de Dieu,Qui fut aimé par les deux Sœurs de Béthanie,Et dont un doute décolore l’agonie.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources