Le Portique, 1909· V L’homme et la douleur
Le Médecin
Bon Médecin, qui vas palpant les chairs gâtées,Les cœurs usés, les fronts pâles, les corps aigris,Toi qui te meus parmi les râles et les crisDes chambres où la Vie et la Mort sont heurtées,
Rien n’altère ton bel équilibre, et tu ris,Lorsque, ayant clos le seuil des demeures hantées,Tu croises en chemin des formes convoitées,Et qu’un peu de soleil dore ton vieux Paris.
Tu ris, ô Promeneur du jardin des supplices !Et moi qui, dans la vie, ai choisi ses délices,Le miel et les parfums suaves, l’art sacré,
Sous mes pas qu’un insecte meure, je m’attriste !Je ne sais trop quelle est la folie, à mon gré,De ton flegme, ô Savant, ou de mes pleurs d’artiste…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources