Le Portique, 1909· VI L’au delà
Le Double Masque
J’ai vu naître et j’ai vu mourir : c’est aussi beau !C’est la même blessure affreuse et qui délivre.Le même chant sacré, la même terreur ivreS’exhalent de la crèche et montent du tombeau.
Que l’Être nu soulève ou jette le flambeau,C’est la même clarté d’un dieu blanc comme givre,Le même geste de Quelqu’un qu’on ne peut suivre,Le même astre voilé dont rayonne un lambeau.
Avant la vie, après la vie, il y a l’ombre.La lumière qui luit en nous, tressaille et sombre,Vient d’ailleurs, rentre ailleurs, gouffre où s’en vont nos pas.
La Naissance et la Mort sont un masque identique.Nous sommes les héros obscurs d’un drame antique ;Nos visages réels, nous ne les voyons pas…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources