Le Portique, 1909· VI L’au delà
Métempsychoses
Ai-je donc tant de fois vécu, Métempsychoses ?Gomme un gueux émigrant de taudis en taudis,Ai-je donc habité tant d’écorces, jadis ?Et mon cœur est-il presque aussi vieux que les choses ?
Verrai-je refleurir des lilas et des rosesPlus beaux, en des jardins fraîchement reverdis ?Ou bien, de monde en monde, enfers ou paradis,M’en irai-je, phalène aux ailes jamais closes ?
Il se peut ! Par instants, ma mémoire profondeÉvoque des aspects évanouis du monde :Mon œil d’enfant n’est pas le seul qui la peupla,
Et, quand mon front est lourd d’extase inassouvie,Je sens bien que la voûte étroite de la vieOffusque le splendide Archange qui dort là…
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources