Le Portique, 1909· I La terre et les morts
Le Village
Village blanc, que baise l’aube printanière,Sur qui les soirs pieux jettent un clair manteauD’étoiles, doux village assis sur le coteauQue parent la pivoine et la rose trémière ;
Village féodal, couronné d’un châteauAveugle, dévoré par la ronce et le lierre,Agonisant poudreux que blesse la lumière,Comme un hibou crucifié sur un poteau ;
Village dont le mail abrita mon enfance,Entre tous les hameaux bénis du sol de FranceJe t’aime : ton air pur, mes aïeux l’ont goûté.
C’étaient de simples hobereaux, sans renommée,Gens braves ; sous les Rois, ils servaient aux armées,Et plantèrent aussi l’arbre de Liberté.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources