Le Portique, 1909· II La femme et l’amour
Orgueil
Puisque tu m’as aimé, je suis sûr de la gloire.Le monde est à celui qui s’empare d’un cœur.Parmi les malheureux c’est peu d’être un vainqueur ;Avoir eu ton sourire est une autre victoire !
Ceux-là peuvent descendre seuls dans la nuit noire,Sans cortèges sacrés, sans palmes et sans chœurs,Que la Femme a trahis, en un soir de rancœur,Ceux-là peuvent périr tout entiers, sans mémoire.
Tu m’as aimé, je vis, plein d’espoir et d’orgueil,Tu m’as élu moi seul, ô ma seule maîtresse,Je ne crains rien des jours, leur insulte ou leur deuil
Car je saurai sculpter le Songe qui m’oppresse,Puisque l’Amour fécond m’a béni sur le seuil…Et même dans la Mort je rirai d’allégresse !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources