Le Portique, 1909· II La femme et l’amour
Le Sacrifice
Tu es, ô mon Amour, pareil aux dieux sauvagesA qui plaisaient l’odeur du sang et du carnage,La colombe égorgée et le meurtre sans lin,Et dont seule la chair rassasiait la faim.
Tes victimes, ce sont d’innombrables visages.Toute la vie offerte et ses folles imagesDe qui la grâce enivre, hélas ! comme le vin,Je les sacrifiai sur ton autel divin.
Prêtre et bourreau, pour plaire à ta farouche idole,Je ne regarde pas celles que je t’immole,Et me couche, leur sang à mes doigts, sans remords
Mais parfois, dans la Nuit expiatrice, en rêve,Je suis environné d’ombres qui se soulèvent…O mon Amour, tu as exigé bien des morts !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Portique, Paris, CAHIERS DE LA QUINZAINE, 1909· numérisation archive.org· Sources